Tatoueur qui jongle avec les statuts juridiques

Auto-entrepreneur, EURL, SASU : quel statut juridique pour tatoueur en 2026 ?

En résumé : En 2026, un tatoueur indépendant peut choisir entre la micro-entreprise (simple mais plafonnée à 77 700 € de CA), l’Entreprise Individuelle (EI), l’EURL ou la SASU pour travailler seul, et la SARL ou la SAS pour s’associer. Le bon statut dépend du chiffre d’affaires visé, du niveau de protection sociale souhaité et des projets de croissance.

Pourquoi le choix du statut juridique est une décision stratégique pour un tatoueur ?

Trop souvent, les tatoueurs choisissent leur statut par défaut — le plus simple, le plus rapide, celui que le collègue a pris. Pourtant, ce choix conditionne directement le montant des charges sociales, la protection du patrimoine personnel, la capacité à embaucher et même la crédibilité vis-à-vis des clients professionnels.

En France, le secteur compte entre 15 000 et 20 000 professionnels déclarés en 2024, selon les estimations du Syndicat National des Artistes Tatoueurs (SNAT). Dans ce marché de plus en plus structuré, exercer avec le bon cadre juridique n’est plus une option — c’est une protection.

Quelles sont les obligations légales communes à tous les statuts ?

Quel que soit le statut retenu, le tatoueur doit impérativement remplir trois conditions avant d’exercer.

D’abord, suivre une formation obligatoire en hygiène et salubrité d’au moins 21 heures auprès d’un organisme habilité par le ministère de la Santé. Ensuite, déclarer son activité auprès de l’Agence Régionale de Santé (ARS) de son département. Enfin, s’immatriculer via le Guichet unique en ligne — les anciens Centres de Formalités des Entreprises (CFE) ont été supprimés.

Par ailleurs, souscrire une Responsabilité Civile Professionnelle (RC Pro) est fortement recommandé, même si elle n’est pas légalement obligatoire. Elle couvre les risques d’infection, d’accident ou de litige avec un client.

Comparatif des statuts juridiques pour tatoueur en 2026

StatutIdéal pourCharges socialesPlafond CAProtection patrimoineComplexité
Micro-entrepriseDémarrage, activité complémentaire25,6 % du CA77 700 €Oui (depuis 2022)Très faible
EI (régime réel)Tatoueur solo avec CA élevé~45 % des bénéficesAucunOuiFaible
EURLSolo en rythme de croisièreSur rémunération fixée par le gérantAucunOui (limitée aux apports)Moyenne
SASUSolo, meilleure protection socialePlus élevées qu’en EURLAucunOui (limitée aux apports)Moyenne
SARL / SASAssociation ou embauche de salariésSur rémunérationAucunOui (limitée aux apports)Élevée

La micro-entreprise : le bon point de départ, rarement la solution long terme

La micro-entreprise est le statut le plus choisi pour se lancer. Les formalités de création sont gratuites et réalisables en ligne en moins d’une heure. Les cotisations sociales représentent 25,6 % du chiffre d’affaires encaissé — un calcul simple, sans mauvaise surprise en fin d’année.

Cependant, un problème de fond se pose rapidement. Avec un tarif moyen entre 70 et 150 € de l’heure, un tatoueur bien installé peut atteindre le plafond de 77 700 € de chiffre d’affaires en quelques mois. Au-delà, deux conséquences immédiates : l’obligation de facturer la TVA et la sortie automatique du régime micro. En d’autres termes, ce statut convient pour démarrer ou pour une activité secondaire, mais devient bloquant pour un professionnel à temps plein.

Le code APE associé à l’activité est généralement le 96.09Z (Autres services personnels — activités des studios de tatouage et de perçage).

L’Entreprise Individuelle (EI) : la transition naturelle après la micro

Depuis la réforme de 2022, l’EI bénéficie d’une protection automatique du patrimoine personnel. Autrement dit, les créanciers professionnels ne peuvent plus saisir les biens personnels du tatoueur en cas de difficulté économique — un avantage autrefois réservé aux sociétés.

En revanche, l’EI fonctionne au régime réel : les charges sociales sont calculées sur les bénéfices réels, avec des acomptes prélevés en cours d’année et une régularisation l’année suivante. Ce système peut générer des décalages de trésorerie importants pour un artiste dont les revenus varient d’un mois à l’autre.

EURL ou SASU : lequel choisir pour un tatoueur indépendant en solo ?

Ces deux formes juridiques permettent de travailler seul tout en bénéficiant d’une responsabilité limitée aux apports. La différence principale tient à la protection sociale.

L’EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) place le gérant sous le régime des travailleurs non-salariés (TNS). Les cotisations sont calculées sur la rémunération que le gérant se fixe lui-même — un levier de pilotage intéressant pour optimiser les charges. C’est souvent le statut recommandé pour un tatoueur en rythme de croisière avec un CA stabilisé.

La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle), en revanche, rattache le président au régime général de la Sécurité sociale — une meilleure couverture (chômage notamment), mais des charges significativement plus élevées. Elle convient davantage aux tatoueurs qui souhaitent une protection sociale solide ou qui envisagent de faire entrer des investisseurs à terme.

Dans les deux cas, la société peut opter pour l’Impôt sur les Sociétés (IS), avec un taux réduit de 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfices, puis 25 % au-delà — souvent plus avantageux que les tranches élevées de l’Impôt sur le Revenu (IR) pour un tatoueur qui dégage de bons bénéfices.

SARL et SAS : les structures adaptées pour ouvrir un studio avec d’autres artistes

Dès qu’un tatoueur souhaite s’associer avec un ou plusieurs collègues, ou embaucher des salariés, les formes pluripersonnelles deviennent incontournables. La SARL est souvent choisie pour sa structure encadrée et sa gouvernance prévisible. La SAS, plus souple, facilite la personnalisation des règles de fonctionnement dans les statuts et simplifie l’entrée ou la sortie d’associés au fil du temps.

Ces structures impliquent des formalités de création plus lourdes — rédaction de statuts, publication dans un Journal d’Annonces Légales (JAL), immatriculation auprès de la Chambre de Commerce et d’Industrie — pour un coût d’environ 250 €. En contrepartie, elles offrent le cadre juridique le plus solide pour gérer du personnel et mutualiser des charges locatives entre plusieurs artistes.

Exemple concret : le parcours type d’un tatoueur indépendant

Prenons l’exemple de Maya, tatoueure spécialisée en fine line, qui se lance après deux ans d’apprentissage en studio. Elle démarre en micro-entreprise : zéro frais de création, facturation simple, pas de comptable obligatoire. Après 18 mois, son carnet de rendez-vous est plein et elle frôle les 70 000 € de CA annuel.

Elle bascule alors en EURL : elle se verse une rémunération mensuelle de 2 500 €, ce qui lui permet de maîtriser ses cotisations sociales tout en conservant le reste des bénéfices dans la société. Deux ans plus tard, elle ouvre un studio avec une associée — elles créent une SARL qui leur donne un cadre clair pour partager les charges du bail et gérer une apprentie.

Ce parcours en trois étapes est représentatif de ce que vivent la plupart des tatoueurs professionnels en France aujourd’hui.

Le point de vue Blottr : le statut ne remplace pas la vitrine

Choisir le bon statut juridique est une condition nécessaire pour exercer en professionnel — mais ce n’est pas suffisant pour développer son activité. En 2026, le marché du tatouage est saturé de visibilité : Instagram, Google Maps, Pinterest… Les clients trouvent facilement des tatoueurs, mais peinent à les comparer, à les contacter et à valider leur choix en confiance.

Ainsi, le tatoueur qui investit dans une présentation professionnelle — portfolio structuré, avis clients vérifiés, disponibilités claires, acompte en ligne — convertit mieux, indépendamment du statut sur son KBIS. Le cadre juridique protège l’artiste. La vitrine, elle, transforme un prospect en client. Les deux sont complémentaires.

En d’autres termes : déclarez-vous correctement, choisissez votre statut avec un comptable spécialisé, puis concentrez-vous sur ce qui vous fait gagner du temps et des séances.

En résumé : quel statut choisir selon votre situation en 2026 ?

  • Vous démarrez ou testez l’activité → Micro-entreprise, rapide et sans risque, jusqu’à 77 700 € de CA.
  • Vous êtes établi en solo avec un bon CA → EURL pour optimiser les charges, ou EI si vous préférez la simplicité.
  • Vous voulez la meilleure protection sociale possible → SASU, malgré des charges plus élevées.
  • Vous vous associez ou embauchez → SARL (encadrée) ou SAS (flexible).

Dans tous les cas, il est recommandé de consulter un expert-comptable pour une simulation personnalisée avant de choisir. Certains se sont spécialisés dans les professions artistiques et connaissent les spécificités du secteur du tatouage.


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